Dans l'attente de jours meilleurs pour les échanges internationaux :
Lancement de la 3e saison de
Critique de la séparation des critiques

par Frédéric Weigel

lien de la chaîne : https://www.youtube.com/channel/UCxVzUvlOWj4Ie46Jrm2AVyg

 

 

 

 

Au démarrage de « Critique de la séparation des critiques », la question posée était simple. En vivant au Japon, au travers de quels mots puis-je espérer décrire les phénomènes m’entourant sans les déformer ? Comment se fait-il qu’il se produise une inversion lorsque j’énonce des éléments propres à ma culture, et à celle d’un autre?  Comment éviter l’aporie terrible qui sépare le nous et les autres, sans pour autant homogénéiser l’ensemble des phénomènes dits humains ?
    La première saison se proposait d’explorer cette dualité entre mes représentations et les représentations des autres. Elle se terminait en s’inspirant de l’idée foucaldienne d’une différence entre deux types d’a priori, ceux formels et ceux historiques, cela en supposant que mes dires concernant les phénomènes éloignés s’articulent à partir de ces deux niveaux sans portant les distinguer clairement.

    La seconde saison se proposait d’explorer un double a priori formel de la séparation, celui du modèle spéculatif logique et celui analogique. Tout en demeurant une opposition simpliste, cette séparation trace des lignes de démarcation extrêmement ténues comme celle entre le philosophique et le non philosophique, impliquant des redéfinitions du second par le premier. De plus elle garde une ambiguïté historique liée au fait que l’Europe aussi a été analogique (jusqu’au 16e siècle en suivant Philippe Descola). Le regard sur l’autre s’avère alors teinté d’un regard sur un nous antérieur.

    La troisième saison se propose d’explorer certains a priori historiques de la modernité du Japon sous la forme du trajet vers son État-nation. En plus des débats que nous partageons mondialement (ceux portant sur la nation et ses institutions, sur la culture et l’invention des traditions, ou encore sur le débat des lumières et des romantiques), je tenterai d’explorer certaines hypothèses d’un protomodernisme de la période Edo et je survolerai la grande diversité des discours intellectuels au Japon jusqu’à la constitution de 1889.

    Cette troisième saison est constituée de 16 épisodes d’une vingtaine de minutes. J’en mettrai un en ligne toutes les deux semaines, avec une pause durant la période estivale. Ci-dessous, voici la programmation proposée.


3-1

Le lointain : entre expérience, traduction, institution et historicité
https://youtu.be/1HAjKO4NMfw

    De quelle manière puis-je sérieusement prétendre saisir quoi que ce soit au sujet d’un collectif éloigné ? Si avec Nietzsche je peux supposer que « le plaisir est chez le demi-savant », qu’en est-il de celui qui veut être un savant des logiques éloignées ? Entre une expérience de terrain schématisé par un ethnographe et le choix d’un spécialiste concernant une traduction qui devient celle d’usage au cœur d’une institution, il y a un saut considérable. Peut-être alors que les historiens et leurs capacités à faire émerger des a priori historiques peuvent m’aider à y voir plus clair.

separation-critique-japon-Saison3-1001

 

3-2

La constitution meiji et les institutions modernes au Japon, la possibilité d’une équivalence

    Dans son vieil article datant de 1911 de la Revue des deux mondes, Antoine de la Manzelière arrive à ne pas séparer de facto les mœurs japonaises et européennes en deux catégories hétérogènes. En analysant les phénomènes institutionnels, le Code civil et la constitution, il évite à la fois le discours sur une homogénéisation mondiale et sur un différentialisme essentiel. L’analyse de phénomènes politiques permet de sortir de l’aporie entre l’universel et le traditionnel, mais dès lors l’histoire de l’avènement de ces institutions soulève de nombreuses questions.

separation-critique-japon-Saison3-1002


3-3

La notion de Nation, que ce soit au Japon ou ailleurs

    La Nation semble avoir été tellement nécessaire au développement des différents états modernes en Europe et dans le monde, que cette notion est rapidement apparue comme naturelle. En suivant certains discours du 19e siècle et les énoncés d’historiens de la fin du 20e siècle, cet épisode propose de suivre quelques éléments de l’évolution de la définition sociohistorique de la nation et de la part d’imagination qu’elle demande pour s’autonomiser.

separation-critique-japon-Saison3-1003


3-4

Les trois piliers du régime Tokugawa et le passage à la modernité

    Les dernières années de l’époque Edo et les premières de l’ère meiji sont le moment du passage d’un état féodal à un État-nation moderne, cela sous la pression de puissances occidentales. S’il est courant de voir une opposition entre les deux périodes, une de fermeture et l’autre d’ouverture, il est possible d’y déceler une histoire bien plus complexe et passionnante. Cet épisode propose de suivre les descriptions d’Olivier Ansart concernant sur les trois piliers sur lesquels reposeraient le régime Tokugawa, et d’envisager leur rôle lors de l’ouverture du pays.

separation-critique-japon-Saison3-1004

 

3-5

Maruyama Masao, une modernité dans la période Tokugawa ?

    Les textes de Maruyama Masao portant sur l’époque d’Edo sont d’une grande richesse conceptuelle, ils énoncent ce que pourrait être l’épistémologie avant l’ouverture du Japon. Néanmoins son utilisation de méthodes, issues de l’historiographie marxiste ou hégélienne dans les années 1940, peut facilement brouiller la limite qui sépare les notions modernes et prémodernes. Quoi qu’il en soit, il est arrivé à envisager une différence entre modernisation et occidentalisation, et il permet ainsi la possibilité d’un protomodernisme japonais.

separation-critique-japon-Saison3-1005

 

3-6

Le rite chez Ogyû Sorai, le public et le privée, la politique et le désir

    Maruyama Massao a érigé en héros de la pensée un lettré confucéen de la période d’Edo, du nom d’Ogyû Sorai. En suivant les essais politiques datant de 1940, ce confucéen aurait séparé le public du privé et aurait permis la conception moderne d’une sphère politique autonome. Avec l’aide d’Olivier Ansart, cet épisode se propose de suivre les variations historiques autour du rite confucéen, cela pour tenter de qualifier le déploiement du rite artificialiste dans l’espace public et politique, et par contrecoup l’élaboration d’une sphère privée relevant du désir.

separation-critique-japon-Saison3-1006

 


3-7

Les textes anciens chinois et japonais, les études anciennes et les études nationales, autour du « mono no aware »

    Si dans un État-nation moderne il est aisé de saisir l’intérêt d’un modèle philologique permettant de produire une relecture des textes anciens supposés traditionnels, qu’en était-il lors de la période Tokugawa ? En effet, plusieurs écoles voient alors le jour et promettent une appréhension des textes antiques chinois, mais aussi japonais. Peut-on alors parler d’une herméneutique, au sens moderne, qui promettrait de statuer sur l’humanité particulière des anciens ? Ou alors cette idée est-elle simplement un regard rétrospectif qui cherche à trouver des clefs d’une énigme qui ne se posait alors pas ? Le moins que je puisse dire, c’est que la notion de « mono no aware » fait encore couler beaucoup d’encre.

separation-critique-japon-Saison3-1007


3-8

De l’instauration des cultures, autour de Johann Gottfried von Herder

    Si le mot « civilisation » a pris au milieu du 18e siècle la valeur cosmopolite d’un progrès de la société en générale, le mot « culture » en Allemagne s’y est opposé sous la forme de la singularité du génie d’un peuple produisant un motif de fierté. Johann Gottfried von Herder se trouva au moment même du basculement entre ces deux notions, il se situe encore dans la pensée des lumières et du perfectionnement, mais déjà dans la multiplicité des cultures et de leurs spécificités. La richesse de son propos et ses inventions méthodologiques sont à l’origine de la fabrication de traditions ancestrales et de nos États-nations modernes. Rétrospectivement, il annonce bien des éléments des deux siècles à venir.

separation-critique-japon-Saison3-1008

 

3-9

Le shintoïsme primitif, une invention du 18e siècle ?

    Au moment où Herder déclarait que la poésie était l’esprit du cœur et l’archive du peuple, un lettré japonais du nom de Motoori Norinaga redécouvrait la beauté de certains textes anciens japonais ouvrant la voie des dieux, le shinto. Mais qu’en est-il historiquement du shintoïsme, cette religion réputée autochtone ? La question se pose notamment par le manque d’intérêt qu’a suscité le texte du « Kojiki » entre son écriture au 8e siècle et sa revitalisation au 18e siècle, cela avant que le shinto d’état ne devienne l’idéologie nationale au début de l’ère meiji.

separation-critique-japon-Saison3-1009

 

3-10

L’invention des traditions

    Qu’en est-il de la tradition dans une société moderne ? Mais plus encore qu’en est-il de la tradition dans une société dite traditionnelle ? Car c’est justement quand la subjectivité et l’urbanité l’emportent sur la culture collective qu’apparaît une nostalgie vis-à-vis des traditions populaires. Au travers du fabuleux concept de l’invention de la tradition inauguré par Eric Hobsbawm, un panorama varié de bricolages identitaires se dévoile. Ils portent naturellement sur son folklore propre, mais aussi souvent sur celui des autres. Le Japon ne fait évidemment pas défaut à ce phénomène des plus modernes.

separation-critique-japon-Saison3-1010

 

3-11

La modernisation japonaise de la fin des Tokugawa au milieu des années 1870

    Le passage des dernières années de la période Edo aux premières décennies de l’ère meiji est certes passionnant, mais aussi incroyablement complexe. En moins de dix ans, les guerriers hostiles aux étrangers devenaient les premiers acteurs de la modernisation accélérée. Après la restauration, entre la recréation d’institutions supposées être en continuité avec le 8e siècle, la réorganisation de la société amenant la suppression de la classe des samouraïs, une diplomatie internationale couronnée de succès et la naissance d’une demande de droits naturels pour le peuple, la dynamique politique de ces années est aussi impressionnante que bouillonnante.

separation-critique-japon-Saison3-1011


3-12

Lumière politique vs Romantisme politique, la question des droits naturels et du génie des nations

    La modernisation du Japon fut un catalyseur formidable pour de nombreux intellectuels qui ont été étiquetés de « lumière japonaise ». Ce nom dénote directement le contexte européen du 18e siècle, mais quelle peut être la signification de ce transfert ? Appréhender ce déplacement notionnel sous le biais de l’action politique, c’est-à-dire des débats autour de l’établissement des États-nations, me semble des plus prometteurs. Dès lors il ne s’agit pas que d’explorer les lumières, mais d’invoquer le clivage avec les anti-lumières, appelés généralement romantiques.

separation-critique-japon-Saison3-1012

 

3-13

Les lumières japonaises et la question des néologismes, avec Nishi Amane, Fukuzawa Yukichi, Nakae Chômin...

    Une des spécificités des lumières japonaises repose autant sur l’importation de notions que sur la forme et la manière de les convoquer et de les diffuser. Les traductions, mais aussi l’organisation du débat public, deviennent des préoccupations centrales et ne sont pas sans poser de nombreuses difficultés. Après une présentation de cette problématique, cet épisode se propose de suivre trois figures qui ont été des grands traducteurs de notions et des inventeurs de néologismes multiples : Nishi Amane, Fukuzawa Yukichi et Nakae Chômin.

separation-critique-japon-Saison3-1013

 


3-14

Les droits naturels et le darwinisme social dans le Japon des années 1880

    En 1881 le gouvernement japonais fait promulguer par l’empereur un rescrit impérial promettant l’établissement d’un parlement sous une dizaine d’années, cela notamment pour ne pas concéder aux demandes de souveraineté du peuple. À l’image d’une orientation vers le choix d’une constitution à la prussienne, l’idéalisme allemand triomphe à l’université de Tokyo. La théorie d’Herbert Spencer, appelé darwinisme social, vient valider le rapport de force politique. Des tentatives de contre attaques ont lieu, notamment avec Nakae Chômin par l’importation de la notion de contrat social sous le biais d’une terminologie confucéenne (en suivant Eddy Duffourmont). Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier que la revitalisation des pensées dites classiques s’annonce...

separation-critique-japon-Saison3-1014

 

 

3-15

Le Nipponisme et le nationalisme moderne du Seikyôsha

    Une année avant la promulgation au Japon de la constitution de Meiji en 1889 est apparu un groupe sous le nom de Seikyôsha avec son journal « Nihonjin » (les Japonais) et avec des auteurs comme Shiga Shigetaka. S’ils défendent l’idée d’une « essence nationale », ils ne sont néanmoins pas des adeptes des choses anciennes. Au contraire, ils prônent la science et l’idée d’un Japon moderne capable de digérer les importations. Mais dès lors, en quoi consiste concrètement le génie national japonais ? Cet épisode s’inspire de la lecture de Morvan Perroncel et suit certains textes du journal en question.

separation-critique-japon-Saison3-1015

 

3-16

La double dynamique de l’état Meiji, avec Maruyama Masao

    Même s’il y est possible de dire qu’il y a eu transposition du débat lumière/romantique dans le contexte de l’élaboration de la constitution japonaise avant 1889, et étant donné la multitude des positions intellectuelles existant à l’époque, il est difficile d’opposer deux courants à partir de catégories simples de type conservateur/progressiste. Maruyama Masao propose une grille de lecture concernant l’arrière-plan intellectuel à partir de la restauration de Meiji. Cet auteur donne l’occasion de mieux saisir la double dynamique de cette période et d’envisager en quoi la constitution Meiji fut un moment charnière dans l’histoire de la citoyenneté politique et esthétique au Japon.

separation-critique-japon-Saison3-1016

 

 

 

 

 

Récapitulatif de la 2e saison

separation-critique-japon-Saison2-1001

 

2-1

Par delà culture et universalité, avec Philippe Descola
https://youtu.be/2sbb-ffimtg

    Dans ce premier épisode de la seconde saison de « Critique de la séparation des critiques », je m’interroge sur l’aporie qui poserait d’un côté l’originalité propre à chaque culture, et de l’autre une humanité par la totalisation des différences. En suivant le domaine de l’anthropologie, qui aurait pour vocation de statuer sur cette épineuse question, j’explore la proposition de Phillipe Descolat qui suppose une séparation de plusieurs fonds ontologiques.

separation-critique-japon-Saison2-1002


2-2

Exposition naturaliste ou analogique? Avec Philippe Descola
https://youtu.be/1-4Ob4GeOKI

    Dans ce deuxième épisode de la seconde saison de « Critique de la séparation des critiques », je m’appuie sur un cours de Phillippe Descola décrivant une exposition en Europe. Il met en avant la grande difficulté des artistes et des organisateurs, dès qu’il s’agit de sortir de leurs schématismes ontologiques propres et de représenter les modalités des figures d’un fond séparé. Je me demande si le sentiment de grande incompréhension que j’ai vécu en visitant des expositions dans les musées au Japon, alors que les objets étaient similaires à ceux que l’on trouvait en Europe, ne serait pas analogue à ce que décrit Descola.

separation-critique-japon-Saison2-1003


2-3

La question du non philosophique et l’école de Kyoto
https://youtu.be/uQPmh4pzR5g

    Dans ce troisième épisode de la seconde saison de « Critique de la séparation des critiques », à partir des remarques de Bernard Stevens sur les sous-tendus idéologiques des auteurs de l’école de Kyoto qui s’opposent aux sous-tendus d’un auteur tel que Edmund Husserl, je m’interroge sur les limites dans lesquelles cette forme de pensée moderne peut être appelée une philosophie originale. La question de la définition des limites de la philosophie est bien plus complexe qu’elle n’y paraît et Maurice Merleau-Ponty m’apporte des éléments afin de détailler l’idée philosophique qui serait à la fois un commencement et un instrument.

separation-critique-japon-Saison2-1004

 

2-4

L’enfance de la philosophie, avec Merleau-Ponty
https://youtu.be/S3lWotF4cws


    A quel moment la philosophie se séparerait-elle d’une non-philosophie qui serait Orientale ? Avec ce quatrième épisode de la seconde saison de « Critique de la séparation des critiques », je me propose de suivre l’ouvrage « Signes » de Maurice Merleau-Ponty. D’après cet auteur, l’idée que la pensée Orientale ne produirait que l’échec de toute prétention à la vérité nous provient de Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Sous quelles conditions alors Merleau Ponty pense-t-il donner une place positive aux pensées extraoccidentales au sein de l’histoire de la philosophie ?

separation-critique-japon-Saison2-1005


2-5

De la séparation entre concept et figure, avec Deleuze et Guattari
https://youtu.be/le7nDSNnR2Q


    Même avec la philosophie joyeuse, immanente et généreuse qui est celle de Deleuze et Guattari, quand il s’agit de la séparation des critiques, se trouve une différence indépassable entre le philosophe grec et le sage oriental. Quelles que soient leurs troublantes affinités, l’un inventerait des concepts alors que l’autre ne produirait que des figures. En ce qui concerne la délimitation du domaine de la philosophie, le chapitre « Géophilosophie » du fameux livre « Qu’est-ce que la philosophie ? » m’est aussi instructif qu’inquiétant.

separation-critique-japon-Saison2-1006

 


2-6

Articulations de la sinologie, en suivant François Julien
https://youtu.be/kMtdY_1mOcE

    Si le modèle philosophique pose des difficultés à l’appréhension des pensées qui se situent hors de lui, quelles seraient les pistes à suivre pour les disciplines qui tentent d’articuler deux héritages spéculatifs séparés ? En suivant un article de François Julien, les obstacles sont nombreux et ils accentuent l’impression d’étrangeté : la perte de sens commun ou de topos sur lesquels s’ancrer, l’opération de la traduction, l’outil du comparatisme... L’impossibilité d’une abstraction totale du contexte culturel de départ, produit-elle automatiquement la restructuration d’une originalité ou d’une altérité ?

separation-critique-japon-Saison2-1007


2-7

De la naissance de la philosophie chinoise et de son institution à partir du 19e siècle
https://youtu.be/pvGdzwvISa8

    Le mot signifiant « philosophie chinoise » n’apparaît pas dans l’antiquité chinoise, mais provient en réalité des cadres universitaires du Japon à l’ère Meiji. L’importation du domaine de la philosophie sous le néologisme de « tetsugaku » a eu pour effet inattendu de permettre une transposition propre à la zone sinisée. Si les études au Japon sur l’histoire de la philosophie chinoise ont été teintées d’idéalisme allemand, leur déplacement en Chine s’est grandement coloré de pragmatisme américain. Mais avant d’être une idée, cette philosophie a surtout été une institution, celle de l’université. Elle a totalement transformé les pratiques concernant les corpus de textes dont elle avait pour tâche de ressusciter le sens. C’est ce phénomène fascinant et ses effets secondaires que je tente de suivre, notamment grâce à des analyses d’Anne Cheng et de Joël Thoraval.

separation-critique-japon-Saison2-1008

 

2-8

Dissipation de la philosophie et perte de la pensée chinoise
https://youtu.be/kUWFdTjv9mQ

    L’importation du cadre universitaire de la philosophie européenne au Japon, puis en Chine, a eu pour résultat la reconstruction de l’histoire de la pensée chinoise. Mais aussi, en suivant Joël Thoraval, il serait advenu un dédoublement de la conception de la philosophie. La philosophie, en tant que discours critique limité à sa propre histoire, ne pourrait coexister sereinement avec une conception plus élargie d’une pensée qui serait alors plutôt l’expression spécifique d’une culture ou encore la manifestation raffinée de l’esprit d’un peuple. Un étrange paradoxe se déploierait dès lors entre la dissipation d’une cohérence en interne et le refus d’une reconnaissance d’un équivalent en externe. Cette situation me semble posséder quelques analogies avec la manière dont la notion d’art se déploie au Japon.

separation-critique-japon-Saison2-1009


2-9

« Cheval blanc n’est pas cheval » et autres analogismes
https://youtu.be/gAiIIFERcXM

    Un stéréotype tenace oppose la philosophie qui serait logique et la pensée extra-occidentale qui serait non logique. Néanmoins concernant la Chine ancienne, certaines spéculations peuvent aisément se qualifier d’analogiques. De plus, concernant l’Europe d’avant le 16e siècle, il est tout aussi possible de nommer d’une manière équivalente la dynamique qui a relié les mots et le monde. Dès lors, toute la difficulté serait de déterminer ce qui est entendu par la notion d’analogie. Entre les débats de Matteo Ricci et la figure du poète moderne, m’est-il possible de lire les textes de l’école des noms appartenant à la Chine ancienne sans lire le chapitre de la « prose du monde » de Michel Foucault ?

separation-critique-japon-Saison2-1010

 

2-10

Une raison analogique avec Leon Vandermeersch
https://youtu.be/y7isuswe9Jw

    S’aventurer à distinguer les a priori d’une culture éloignée ressemble bien à la reconstruction d’une histoire des idées de l’autre à partir d’un univers supposé disparu. Il est alors impossible de savoir si la signification exhumée n’est pas simplement une fantaisie personnelle. En gardant à l’esprit cette réalité, pour ce dernier épisode de la seconde saison de « Critique de la séparation des critiques », je propose de partager les hypothèses du sinologue Leon Vandemeersch. En le suivant, une raison analogique serait liée aux modèles de spéculations corrélatifs propres à la Chine ancienne. Par rapport aux pratiques et aux formes de connaissances par correspondance qui en seraient issues, la question de leur prolongation dans la période contemporaine reste elle-même spéculative.

separation-critique-japon-Saison2-1011

 

 

 

Récapitulatif de la 1ère saison

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1001

1-1

Guy Debord et Roland Barthes
https://youtu.be/vaiXIADbA2Q

    Ce premier épisode de « Critique de la séparation des critiques » rend hommage au film de Guy Debord, critique de la séparation, et se demande pourquoi Roland Barthes en écrivant le livre l’empire de signes, alors qu’il utilise une typologie du rapport entre le texte et l’image relativement analogue, en arrive à une tout autre conclusion.

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1002

 

1-2

Tel un Paul Cézanne du camion poubelle
https://youtu.be/5SxJosALkzQ

    Ce second épisode aborde la notion de la subjectivité concernant la tentative de la représentation du réel. En suivant Edward Saïd qui affirme qu’il n’existe aucun belvédère hors de la réalité des relations entre cultures, la dénomination ou la figuration de ce que je croise dans mon quotidien, en vivant hors de l’Europe, me demande de nombreuses précautions par rapport à toutes prétentions d’objectivité.

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1003

 

1-3

Edward Saïd et L’orientalisme
https://youtu.be/SpbIObhOEvY

    Dans ce troisième épisode de « Critique de la séparation des critiques », je propose de suivre les analyses d’Edward Saïd dans son fameux livre L’orientalisme. Mais est-ce que ses puissants propos sont transposables sur ce qui est appelé « Extrême-Orient » ? La construction de la culture japonaise ne serait-elle pas quelque peu différente ?

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1004


1-4

La Renaissance orientale & Raymond Schwab
https://youtu.be/M4_OiFcPE64

    Dans ce quatrième épisode de « Critique de la séparation des critiques », je propose de suivre le livre la Renaissance orientale de Raymond Schwab. Cet ouvrage décrit la fascination qu’avait suscitée l’Asie auprès d’auteurs du Romantisme allemand au 19e siècle. Il retrace aussi le détournement de cette attirance en un outil dangereux de hiérarchisation.

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1005


1-5

Représentations identitaires et Musées
https://youtu.be/RQogbbwpd4I

    Dans ce cinquième épisode de « Critique de la séparation des critiques », j’évoque différents médiums qui permettraient des descriptions de spécificités culturelles : le roman, le théâtre, le cinéma... Mais il y en a un qui est particulièrement remarquable, car il serait d’autant plus efficace qu’il paraîtrait neutre et ne pas intervenir sur les œuvres qu’il présente. Le dispositif du musée serait le lieu naturel de la présentation des objets de(s) culture(s), et pourtant il en construit grandement la signification.

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1006

 

1-6

Les musées objectifs du soi et les musées objectifs des autres
https://youtu.be/Kd742yNyXtI

    Dans ce sixième épisode de « Critique de la séparation des critiques », je propose de suivre la catégorisation des dispositifs muséographiques, au travers de leurs finalités identitaires, qui a été développée par l’anthropologue Benoît de L’Estoiles. Il y aurait une opposition entre les musées du soi et les musées des autres. Dans le cadre des musées scientifiques, qui sont censés présenter leurs objets d’une manière objective, en suivant la séparation décrite, il y aurait alors les musées folkloriques face aux musées ethnographiques.

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1007

 

1-7

Les musées esthétiques du soi et les musées esthétiques des autres
https://youtu.be/LQmkETZpeBk

    Dans ce septième épisode de « Critique de la séparation des critiques », je propose d’aborder la structuration des musées demandant au spectateur d’élaborer un jugement esthétique, que ce soit sur des objets issus de sa propre culture ou sur des merveilles venant d’ailleurs. En suivant, la philosophe Carole Talon-Hugon et aussi l’anthropologue Benoît de L’Estoiles, le dispositif du musée esthétique donnerait l’illusion que notre art ou l’art des autres, porterait en lui une essence se déployant dans des formes. L’art devient ainsi un catalyseur identitaire.

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1008

 

1-8

Discours et a priori avec Michel Foucault
https://youtu.be/qHeoJVxczyI

    Dans ce huitième et dernier épisode de la première série de « Critique de la séparation des critiques », je propose de suivre la notion de discours de Michel Foucault qui a permis notamment à Edward Saïd de caractériser l’orientalisme. Quand il s’agit du Japon, n’y a-t-il pas d’autres manières d’appréhender son histoire et ses idées, que de faire émerger une âme supposément homogène ou encore d’explorer ses bas-côtés en faisant philosopher ceux qui ne philosophaient pas ?

separation-critique-japon-Saison1-separation-critique-japon-Saison2-1009

palais des paris